L'intérêt de l'isocinétisme

Bienvenue sur le blogue du Centre d'expertise isocinétique (C.E.I).

Étudier le comportement en mouvement des groupes musculaires grâce à l’analyse de données informatiques, voilà ce que permet le bilan isocinétique. Le recours à cette technologie de pointe procure une collecte de données fiables, véritable reflet de la condition musculaire.

Sur ce blogue, vous trouverez une panoplie d'informations reliées à la prise en charge isocinétique que ce soit sur l'aspect préventif, sur la rééducation pathologique ou bien sur l'entrainement spécifique des blessures.

Bonne lecture!

jeudi 9 avril 2015

Force musculaire de la hanche et douleur tibiale


Les douleurs du tibia en médiale sont très présentes dans la population active en général. Même si les diagnostics cliniques peuvent variés du syndrome de stress tibial médial, fracture de stress tibiale, périostite ou des blessures tendineuses et musculaires, elles sont en grandes parties caractérisées par des douleurs au compartiment médial du tibia au tiers moyen et/ou distal du tibia.

À ce jour, aucune étude prospective n’a exploré spécifiquement le lien entre différents paramètres dynamométriques de la force de la hanche et le développement des douleurs du tibia en médiale. Cette étude publiée en février 2013 par Mme Ruth Verrelst et ses collègues avait pour but de déterminer les facteurs de risque reliés à la force de hanche pour les douleurs au tibia médial chez une population de jeunes adultes physiquement active. Ils ont fait l’hypothèse que les athlètes féminines auraient un déficit de force des abducteurs et rotateurs externes comparés avec les celles qui n’auront pas développé ces douleurs.

Ainsi, 95 jeunes étudiantes universitaires âgées d’en moyenne 18 ans ont participé à l’étude. Ils ont été suivis pendant une année scolaire et aucune n’avait de douleur au début. Les sujets ont été testés sur un Biodex system 4 et le protocole consistait à exécuté 2 séries de 5 répétitions à 60°/seconde (basse vitesse) de chacun de ces mouvements :

  • Mouvements concentriques : abduction, adduction, rotation interne et externe de la hanche.
  • Mouvements excentriques : abduction et rotation externe de la hanche.

Les variables étudiées sont le moment maximal relié au poids (peak torque to bodyweight), le travail total et la puissance moyenne (fiabilité ICC = 0,62-0,89 selon Clairborne et al en 2009). Pour vérifier si les sujets développaient des douleurs en médiale du tibia, on leur envoyait un courriel chaque semaine avec des questions spécifiques. S’ils répondaient que des douleurs étaient présentes, un médecin les voyait afin de poser le diagnostic.

Résultats:

Des 95 étudiantes, 11 ont eu d’autres blessures au membre inférieur et ont donc été exclus de l’étude. Des 84 restantes, 21 ont eu des douleurs au tibia médial et les 63 autres sans blessures ont servi comme groupe contrôle.

Les analyses statistiques ont révélé que le travail total en ABD concentrique (p=0.01) et la puissance moyenne aussi en ABD concentrique (p=0.045) étaient des prédicateurs significatifs dans le développement des douleurs au tibia médial. De plus, les résultats de ces analyses ont démontré que les chances de développer ces douleurs chutaient de 1% si le travail total en ABD concentrique augmentait de 1 joule et que les chances diminuaient de 4% si la puissance moyenne augmentait de 1 watt. Tous les autres paramètres des mouvements concentriques ou excentriques n’étaient pas significatifs.

L’apport clinique de cette étude:

Plusieurs autres études avaient été effectuées sur ce sujet, mais la comparaison est difficile. Entre autres, l’utilisation d’un dynamomètre manuel dans l’étude de Leetun et al 2004 et les données de force isométrique (Niemuth et al 2005) comme variables sont loin de la réalité fonctionnelle. Ainsi aucun lien de cause à effet n’avait été établi.

Dans cette étude, la force concentrique en rotation externe n’était pas significative. Dans leur discussion, les auteurs ont émis comme limite la position d’évaluation. Effectivement, les sujets ont été évalués en position  assise à 90° de flexion de hanche. En sachant que le rôle du piriforme du bassin et des fibres antérieures du moyen fessier sont différents lorsque la hanche est fléchie (Dostal et al 1986, Delp et al 1999), ces muscles ne forcent peut-être pas à leur plein potentiel dû à la position non fonctionnelle. Dans le cas de l’abduction concentrique, sa position fonctionnelle a rapporté des résultats significatifs.

On peut donc émettre (en accord avec les auteurs) que la force des rotateurs externes n’est pas significative pour prédire les douleurs au tibia médial ou encore des évaluations dans une position plus fonctionnelle sont nécessaires.

On désire aussi noter que seulement les femmes ont été testées dans cette étude. Peut-on extrapoler ces résultats à la population générale?

Finalement, les connaissances entre la faiblesse des stabilisateurs de la hanche et l’apparition de douleur aux segments jambiers ne cessent d’évoluer. Il demeure évident qu’il s’agit d’une préoccupation clinique et l’isocinétisme demeure un outil de choix dans l’évaluation spécifique de cette condition.


Source :
Ruth Verrelst et al., The role of hip abductor and external rotator muscle strength in the development of exertional medial tibial pain: a prospective study. Br J Sports Med2014;48:1564–1569. doi:10.1136/bjsports-2012-091710. PubMed PMID: 23396233. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23396233

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